Google promoteur d’un jeu pédagogique soutenu par l’Education Nationale
ReadWriteWeb-France par Damien Douani le 24 mars 2009
En pleine fièvre
hadopique l’
Education Nationale lance le 26 mars (2009) un grand jeu en ligne pour les collégiens français,
ChercheNet. L’objectif est de leur inculquer un
usage “citoyen et responsable” d’Internet. Surprise : c’est
Google France qui est maitre d’ouvrage, avec la société
Calysto. Démarche désintéressée ou pédagogie sponsorisée ?
En fait, c’est l’Education Nationale qui se rallie à une initiative “privée” qui en est cette année à sa deuxième édition, et qui en devient le “
sponsor” officiel. C’est un peu le monde à l’envers pour une institution comme notre “
mammouth” (comme aimait à l’appeler
Claude Allègre).
Un jeu taillé sur mesure pour Google
Le but à atteindre en 3 semaines est simple : il s’agit “de répondre à 10 questions/enigmes. Pour cela, les élèves doivent se servir de l’Internet en tant qu’outil de recherche ainsi que des différents logiciels proposés pour optimiser et orienter leur navigation et les aider dans la résolution des énigmes.”
Un kit pédagogique est fourni aux professeurs, et les élèves doivent relater leur parcours dans un blog. Si l’on jette un coup d’oeil au fameux “kit”, “véritable mode d’emploi des outils du numérique” comme écrit sur le site, on s’aperçoit qu’il s’agit… d’un
mode d’emploi pour les services de Google !
Apprendre à faire une recherche (
sur Google), à créer un blog (
sur Blogger), à utiliser les outils de cartographie (
Google Maps et
Earth) ou de bureatique (
Google traduction,
agenda ou
document). La dernière page du document est consacrée aux
logiciels libres, l’honneur est sauf… mais
bien maigre.
Mais on a déjà vu mieux comme outil pédagogique “neutre”. Côté Ministère, on se défend de toute “marchandisation” du savoir ou de la pédagogie : “S’il était obligatoire d’utiliser Google, nous n’aurions pas autorisé l’opération.”. Belle hypocrisie que celle-ci, car à la lecture des documents de travail il n’est mentionné (à l’exception de facebook) aucune alternative en termes d’outils à utiliser. Il faudra donc compter sur le savoir des professeurs (souvent peu au fait de ce qui se fait sur le Net) ou la curiosité des élèves à utiliser
MSN,
Yahoo ou
Exalead, ou bien aller découvrir des outils comme
Dotclear,
Wordpress ou un
Wiki.
Quel objectif pour la firme de Mountain View ?
Le marché de l’éducation est crucial et depuis très longtemps trusté par les sociétés américaines high-tech en France : prêts de machines (Texas Instrument), licences à prix éducation (Microsoft, Apple), voire ordinateurs à prix réduits (dans les écoles de commerce notamment). L’objectif étant bien sur d’habituer au plus jeune le futur consommateur pour ses achats futurs.
Or les temps changent… et les machines ne sont plus le nerf de la guerre. Désormais, c’est sur le Net où la bataille fait rage, tout pouvant se faire en ligne via un navigateur.
Comme mentionné sur le site, “le moteur de recherche Google a pour vocation de rendre les nombreux contenus du web accessibles facilement. Google entreprend dans le monde de nombreux projets d’éducation au web, persuadé que le développement durable d’Internet est conditionné à un usage averti et responsable des outils du Web.”
En clair, éduquer au plus vite au “réflexe” Google, c’est pouvoir être sûr de garder 70% de part de marché mondiales et donc continuer à faire tourner à fond la machine
AdWords et
AdSense. Tout cela parait de bonne guerre, mais pose question quand à la présente aussi forte d’une marque dans un programme pédagogique soutenu par l’Education Nationale.
Et surtout, interroge quant à la capacité de cette dernière à fournir des programmes sensibilisant aux nouvelles technologies en adéquation avec les besoins et savoirs des élèves. La vénérable institution serait-elle aussi dépassée sur ce point, quitte à devoir se raccrocher officiellement à une initiative extérieure ?
Nous n’en sommes pas à apprendre à compter avec
Ronald McDonald comme dans certains manuels scolaires américains, mais on commence à s’en rapprocher…
A noter enfin, dans la rubrique “presse” des fiches génériques pour mieux protéger les enfants sur le net : cette fois-ci il s’agit carrément de fiches rédigées par le service de communication de Google.
En revanche, aucune trace de fiche pratique sur l’
Hadopi et ses sanctions basées sur la présomption de culpabilité.
Pour la version de l’an prochain peut-être ?
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